PARTAGER SUR FACEBOOK - MERCI !

Résultat de recherche d'images pour "logo facebook"

lundi 4 mai 2020

Les démocraties malades de la peste.


La pandémie de Covid-19 agit comme un puissant révélateur, elle met au  jour les maux de nos sociétés avec une acuité saisissante. Dans ce contexte le fait que les pays les plus touchés par le coronavirus soient ceux qu’on qualifie d’ordinaire de « démocraties occidentales » (USA, France, UK, Italie..), pays qui sont par ailleurs parmi les plus riches du monde, devrait nous interpeller. On pourrait invoquer un comptage des malades et des victimes plus juste et transparent que dans d’autres pays comme la Chine, des densités de population élevées dans certaines villes particulièrement touchées (Londres, New York, Paris), ou encore la faute à « pas de chance » avec l’émergence aléatoire de « clusters » épidémiques, mais ces explications nous apparaissent comme partielles.  Dès lors quel pourrait être le facteur explicatif de l’intensité de cette plaie qui s’abat sur ces pays ?
Il nous semble que ce qui relie ces pays c’est l’incapacité à penser le temps long, et dès lors l’incapacité à faire de la prévention. Dans ces pays où le principal moteur de la vie sociale est devenue l’économie, et singulièrement l’économie au service des intérêts privés, la planification a quasiment disparu pour faire place à la gestion immédiate et à court terme de toutes les questions économiques et sociales, et donc sanitaires. La société s’est alignée sur le mode de fonctionnement des « marchés » dont l’horizon est le trimestre, rythmés par les annonces des résultats des entreprises côtées. Tout ce qui relève d’une date lointaine est perçu comme inutile car non mesurable et donc non valorisable. Cette grille de lecture se superpose aux mécanismes politiques de choix des dirigeants, c’est à dire aux élections qui se succèdent à une vitesse effrénée : aux Etats Unis les présidentielles ont lieu tous les 4 ans, c’est à dire qu’au bout de trois ans le Président est en campagne !, en France les campagnes électorales se succèdent sans arrêt (présidentielles, législatives, européennes, régionales, municipales..), au UK on a assisté à deux élections générales en moins de 3 ans, et en Italie et en Espagne l’instabilité est reine depuis plusieurs années. Dès lors l ‘économie et la politique font système pour imposer une dictature de l’immédiat, du court terme et donc empêcher toute action débouchant sur des résultats qui ne seraient pas visibles rapidement. Investir réellement sur la transition écologique ? N’y pensons pas car cela veut dire des bénéfices en baisse à court terme et des décisions impopulaires sur les modes de vie. Garantir dans la durée des plans de prévention des épidémies ? N’y pensons pas car cela imposerait de consacrer de l’argent à de l’incertain, et donc du non rentable. Travailler dans la durée sur la revitalisation des territoires et leur réindustrialisation ? N’y penons pas car cela revient à ne pas laisser les entreprises faire ce qu’elles veulent et prendre le risque de déplaire. Par contraste un pays come la Chine qui définit des plans à 20, 30 ans apparaît comme beaucoup plus capable d’investir sur des sujets de long terme.
Dès lors le défi immense qui est celui de nos pays est celui d’inventer des mécanismes de gouvernance qui concilient démocratie et capacité à planifier, penser le temps long. Sans cela nous aurons d’autres crises sanitaires et surtout nous assisterons à la méta-crise écologique, qui sera d’une ampleur bien plus grande que celle qui nous frappe aujourd’hui. Si nous ne sommes pas capables de d’inventer ce nouveau modèle le « monde d’après » ne sera qu’un monde d’avant en pire.

dimanche 29 mars 2020

Le masque et le marteau


Masque de protection contre le coronavirus : FFP2 ou FFP3 ... 
Avril 2019, France Crise des Gilets Jaunes – interdiction d’être masqué lors des manifestations

La loi n° 2019-290 du 10 avril 2019 visant à renforcer et garantir le maintien de l'ordre public lors des manifestations [1] a été publiée ce 11 avril au Journal officiel. Validée par la décision n° 2019-780 DC du Conseil constitutionnel du 4 avril 2019 elle instaure un nouveau délit: la dissimulation du visage aux abords d'une manifestation.

Mars 2020, France, crise sanitaire du coronavirus – recherche désespérée de masques

La France commande 1 milliard de masques à la Chine. Annonce faite par le Ministre de la Santé, Olivier Veran le 28 mars.


Il y a parfois des ironies cruelles, ou glaçantes. A moins d’un an d’écart, le même objet a acquis un statut très différent : d’un élément constitutif d’un délit, il est devenu un élément constitutif de survie. Mais au-delà de ce renversement vertigineux il existe un lien profond entre ces deux situations.
La répression musclée des manifestations de Gilets Jaunes s’inscrivait dans le droit fil de l’évolution de nos démocraties, qui sont devenues, comme l’analyse remarquablement Grégoire Chamayou dans son livre « La Société Ingouvernable » (éditions La Fabrique), des démocraties libérales autoritaires.  L’expansion sans fin du libéralisme s’accompagne d’un contrôle renforcé sur les populations – y compris en sortant du champ du politique ce à quoi elles pourraient s’opposer via les processus électoraux, et lorsque le contrôle ne suffit pas la répression devient nécessaire. Evidemment la mise en oeuvre de ce contrôle se fait toujours pour « le bien des citoyens ».
Dans ce contexte les menaces, les peurs, sont les meilleurs arguments pour justifier la limitation de certains droits fondamentaux et créer des conditions économiques moins favorables pour l’immense majorité des populations, comme a pu l’analyser Naomi Klein dans « La Stratégie du Choc ». A cet égard, la menace terroriste, qui apparaissait comme le plus grand danger pour nos sociétés occidentales depuis le début du siècle, a donné lieu à de nombreuses lois, depuis le Patriot Act américain, jusqu’aux lois liées à l’état d’urgence en France, dont certaines dispositions ont été incorporées dans le droit commun dans les dernières années, faisant de l’état d’exception la norme comme a pu le théoriser Giorgio Agamben ! Dans tous les cas il s’agit de restreindre le droit de circulation, les droits de la défense, de permettre à l’autorité administrative de se substituer au juge, ou encore d’encadrer beaucoup plus strictement le droit de manifester.
La gestion de l’épidémie de coronavirus, qui a été présentée en quelques jours comme la plus grande menace pour nos sociétés depuis la seconde  guerre mondiale, ne pouvait que s’inscrire dans cette logique. Dès lors, l’état d’urgence sanitaire mis en place pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 semble boucler la boucle y compris dans le vocabulaire utilisé. On y retrouve les mêmes mesures de limitation des libertés comme la liberté d'aller et venir, la liberté d'entreprendre et la liberté de réunion (y compris des mesures d'interdiction de déplacement hors du domicile). Dans la foulée de l’instauration de cet état d’urgence sanitaire, à travers une série d’ordonnances promulguées le 25 mars, le gouvernement prenait des mesures dérogatoires au droit du travail, sur des sujets comme les congés payés ou la durée hebdomadaire du travail, qui peut désormais dans certains cas être étendue à 60 heures. Ces mesures sont applicables jusqu’à la fin de l’année 2020. Elles se veulent donc temporaires mais elles permettent de créer un référentiel beaucoup plus défavorable aux salariés lorsqu’il s’agira de sortir de la crise épidémique.
Ici c’est la fin de la crise sanitaire qui constituera un test inédit de la capacité et de la volonté du gouvernement à renforcer le contrôle sur la société. En effet la crise économique qui est déjà là révèlera encore plus toute sa terrible ampleur lorsque la crise sanitaire sera – je l’espère – terminée. Il sera alors très tentant pour le gouvernement et ses soutiens, cette fois dans une logique de « guerre économique », de « reconstruction », de maintenir ces mesures, censés être dérogatoires initialement. En parallèle et cette fois pour éviter la reprise de l’épidémie on voudra maintenir des mesures de contrôle social, par exemple en instaurant un suivi des personnes contaminées avec des dispositifs électroniques ou en nous obligeant cette fois à porter des masques – renversement vertigineux.
Pour pouvoir perpétuer le modèle libéral en échec – il est aussi (in)directement responsable de cette épidémie - il faudra  contraindre encore plus fort, et surtout faire du temporaire de la coercition le permanent de la vie quotidienne.

Ici une certaine stupeur peut nous saisir, car cette société en gestation, une société libérale économiquement et autoritaire, elle existe déjà : c’est la Chine.
La Chine qui aura su en 30 ans devenir la deuxième puissance économique mondiale, et qui à l’issue de cette crise pourrait contester encore plus directement le leadership américain, nous offre déjà un aperçu saisissant de ce qui pourrait nous attendre. Libéralisme économique organisé par l’Etat – et mis au service de ses protégés -, démocratie de façade – il y a des élections en Chine -, contrôle des populations à grande échelle, en mobilisant notamment les nouvelles technologies, maîtrise de l’information et censure.
La Chine qui, cyniquement, car rappelons qu’elle est à l’origine de cette crise mondiale notamment en cachant sa gravité initiale, se présente désormais en modèle ayant su endiguer l’épidémie et capable d’envoyer ses médecins et ses masques pour aider les pays les plus touchés. Ce scénario, celui de l’émergence d’un modèle chinois au sens de ce que l’on souhaite imiter, de ce qui devient une référence, aurait paru improbable il y a quelques mois encore mais n’est désormais plus seulement un scénario de science fiction mais un futur possible parmi d’autres. Il appartient à nous tous, citoyens de faire en sorte qu’il n’advienne pas, pour que la société de demain ne soit pas celle du masque et du marteau.

PS Si vous aimez merci de partager ! Sur le site pas de pub, d'achats de mots-clés, la diffusion repose sur vous ! Merci.
Faucille et marteau — Wikipédia

vendredi 13 mars 2020

IRONIE GLACANTE

Résultat de recherche d'images pour "coronavirus"

Il y a une ironie glaçante à constater qu’un organisme de quelques microns provoque une panique à l’échelle du globe.
Il y a une ironie glaçante à voir l’épidémie de coronavirus démarrer dans la Chine industrielle et en Italie du nord, régions emblématiques d’une mondialisation « heureuse ».
Il y a une ironie glaçante à observer nos sociétés hyper-techniques recommander comme mesures protectrices l’absence de serrage de main et de bises.
Il y a une ironie glaçante à pleurer les morts en Iran, pays incroyablement touché, théocratie manifestement abandonnée par dieu.
Il y a une ironie glaçante à entendre tous les thuriféraires du secteur privé réclamer à grands cris le secours immédiat et massif de l’Etat.
Il y a une ironie glaçante à promettre des moyens aux hôpitaux et aux soignants quand on les leur refuse depuis des années.
Il y a une ironie glaçante à tout faire pour combattre ce virus alors que d’autres maladies font des ravages sans que personne ne s’y intéresse.
Il y a une ironie glaçante à tout changer dans nos vies alors que l’on fait si peu pour combattre le dérèglement climatique.
Il y a une ironie glaçante à constater les « chacun pour soi » nationaux à l’heure de la globalisation totale.
Il y a une ironie glaçante à prier pour que la recherche avance vite alors qu’on lui avait coupé tous les crédits sur le sujet.
Il y a une ironie glaçante à se demander à quoi ont servi les milliers de milliards déversés sur nos économies depuis dix ans.
Il y a une ironie glaçante à se dire que personne ne sait si nous en faisons trop ou pas assez.
Il y a une ironie glaçante à continuer à prendre le RER A et juste après faire toutes ses réunions sur son PC.
Il y a une ironie glaçante à faire du gel hydroalcoolique l’objet le plus recherché de 2020.
Il y a une ironie glaçante à rechercher de vieux jeux de société pour s’occuper.
Il y a une ironie glaçante à penser, que, non, décidément, encore cette année, le PSG ne gagnera pas la Champion’s League.
Il y a une ironie glaçante à entendre ceux qui clament que « tout va changer après cette crise» et ne pas les croire.
Il y a une ironie glaçante à se dégager de toute contrainte budgétaire, dans des proportions inouïes, alors qu’il était impossible de dépenser quelques millions auparavant.
Il y a une ironie glaçante à se demander pourquoi on détecte si peu de cas en Afrique.
Il y a une ironie glaçante à voir le printemps arriver.
Il y a une ironie glaçante à constater l’incompétence de Donald Trump.
Il y a une ironie glaçante à demander aux personnes âgées et seules de rester chez elles, seules et âgées.
Il y a une ironie glaçante à ne pas savoir si les mesures prises pour endiguer l’épidémie ne provoqueront pas plus de dégât l’épidémie elle-même.
Il y a une ironie glaçante à se demande à quoi servent le big data, l’intelligence artificielle, les GAFA et tous ceux qui allaient nous sauver.
Il y a une ironie glaçante à comprendre que nous sommes humains.

vendredi 6 mars 2020

De la nécessité de mieux appréhender la létalité du Covid-19


Résultat de recherche d'images pour "covid 19"La dangerosité d’une épidémie est principalement facteur de deux variables : le taux de reproduction de base – aussi appelé R0 – et le taux de létalité.

Le R0  détermine le degré de contagiosité de la maladie. Concrètement ceci revient à calculer le nombre moyen d'individus qu'une personne infectieuse pourra infecter, tant qu'elle sera contagieuse. Si R 0 < 1 {\displaystyle R_{0}<1} le R0  est inférieur à 1, alors un individu contaminé en infecte en moyenne moins d'un, ce qui signifie que la maladie disparaîtra de la population à terme. À l'opposé, si le R0 est supérieur à 1R 0 > 1 {\displaystyle R_{0}>1}, alors la maladie peut se propager dans la population et devenir épidémique.  Plus le R0 est élevé plus la maladie sera contagieuse et plus vite elle se propagera (source Wikipedia).

Le taux de létalité est la proportion de décès liés à une maladie ou à une affection particulière, par rapport au nombre total de cas atteints par la maladie. C’est une division basique.

En combinant ces deux variables on comprendra aisément qu’une maladie avec un Ret un taux de létalité élevés sera très dangereuse, et qu’à l’inverse une maladie avec un Ret un taux de létalité faibles sera relativement inoffensive.

Néanmoins in fine c’est le taux de mortalité qui sera le plus important, car même si une maladie est très contagieuse, si son taux de létalité est faible, alors son impact restera limité.

Dans le cas du Covid-19 les données concernant le R semblent relativement bien établies, on évoque le plus souvent un R0 autour de  2,5. Il s’agit donc d’une maladie relativement contagieuse, plus que la grippe saisonnière  par exemple (avec un R0  proche de 1,3), comparable au SRAS, mais bien moins que  la varicelle ou la rougeole (avec des R0 supérieurs à 10).

En revanche le taux de létalité du Covid-19  nous semble mal défini et  c’est très gênant.

On évoque régulièrement des chiffres entre 2 et 3%  ce qui veut dire que 2 à 3% des personnes contaminées par le virus finiraient par en mourir. Le directeur de l’OMS parlait par exemple d’un taux de létalité de 3,4% (à comparer avec un taux largement inférieur à 1% pour la grippe, ici on rappellera que pour la seule saison 2018/2019, 9900 décès sont attribués à la grippe saisonnière en France sans que cela ne provoque aucune émotion particulière), tandis que d’autres  études indiquent des taux inférieurs, plutôt autour de 2,5%.  Mais au-delà de l’écart entre ces chiffres il existe plusieurs biais fondamentaux  sur le taux qui est annoncé :

-        Le virus va d’abord s’attaquer aux organismes les plus faibles, et le taux de létalité va baisser à mesure que le virus se répand dans la population et infecte des personnes en meilleure santé,

-        Il y a manifestement d’importants facteurs de co-morbidité associés au Covid-19. Plusieurs décès imputés au Covid19 sont liés à la combinaison de plusieurs facteurs (âge avancé, autres maladies préexistantes…), et si le Covid19 a pu accélérer la mort des patients une partie d’entre eux seraient morts « quand même »,

-        Enfin le biais fondamental est lié au mode de calcul du taux lui-même. Pour rappel il s’agit d’une division basique. Le numérateur (le nombre de décès) est connu et communiqué chaque jour. Ce qui va avoir un impact énorme sur le taux de létalité c’est le dénominateur. Si on teste un nombre de personnes limité, c’est-à-dire celles qui sont manifestement malades – symptomatiques -, ou uniquement celles qui sont proches de sources de contagion, on va avoir un dénominateur relativement faible, et donc un taux élevé. Si on teste la population très largement, en incluant des personnes asymptomatiques, c'est à dire infectées mais qui ne développeront pas de symptômes, et qui pourraient être très nombreuses, le taux va baisser spectaculairement.


Dès lors, MECANIQUEMENT, pour l’ensemble de ces raisons le taux de létalité du coronavirus va baisser au fur et à mesure que l’épidémie se diffuse. La question est bien de savoir jusqu’à quel point. Si par exemple on redescendait en dessous de 1% le risque serait évidemment bien moindre que ce que l’on imagine aujourd’hui.Dans ce contexte et alors que des moyens très importants sont dégagés pour faire face à l’épidémie, on se demande pourquoi on n’organise pas un dépistage sur des échantillons statistiquement représentatifs de la population (quelques milliers de personnes) permettant d’avoir une idée plus précise du nombre de personnes réellement contaminées et notamment de déterminer la part des contaminations bénignes et des contaminations sérieuses. A partir de là on pourrait extrapoler un nombre beaucoup plus fiable de personnes contaminées et donc calculer un taux de létalité plus réaliste.

Des chiffres fiabilisés sur le taux de létalité pourraient permettre d’appréhender de façon beaucoup plus juste cette épidémie et donc d’adopter les bonnes stratégies, notamment en évitant une sur-réaction, qui est l’hypothèse la plus probable à ce stade.


Covid-19, une pandémie difficile à cernerPS On pourrait espérer un effet paradoxalement « positif » de cette épidémie. En faisant la promotion des « gestes barrières », la propagation d’autres virus plus classiques, dont celui de la grippe, va être fortement ralentie, permettant de sauver des vies !

PS2 Je ne suis pas médecin, ni épidémiologiste et donc toute personne plus qualifiée que moi est bienvenue pour faire des commentaires et/ou rectifier mon article.

mercredi 19 février 2020

Vie déprivée

Benjamin Griveaux et Piotr



L’affaire Griveaux - appelons-la ainsi – a donné lieu à des flots de commentaires et d’interprétations dont la pertinence, nous semble-t-il,  est le plus souvent inversement proportionnelle à leur nombre.
De quoi s’agit-il ? Un homme politique, très imprudent, prend le risque de voir son image et son statut abîmés en partageant des images/vidéos  intimes. Il n’y a là rien de bien nouveau, sexe et politique ont toujours alimenté les chroniques journalistiques,  si ce n’est que le contenu compromettant aurait pris la forme d’enregistrements audio il y’a quelques années, et d’échanges épistolaires si on remontait encore plus loin. Aussi Internet ou les réseaux sociaux n’ont pas de rôle original dans cette affaire. La diffusion du contenu a peut-être été particulièrement rapide à l’ère d’internet mais il aurait connu le même retentissement si un média traditionnel (presse écrite ou audiovisuelle) en avait assuré de façon plus habituelle la publicité. Ainsi, dans le cas qui nous intéresse, pas de tweet anonyme ou de « pornleak » mais l’action revendiquée de l’activiste russe Piotr Pavlenski.
L’affaire est donc banale. Ce qui l’est moins ce sont ses conséquences et ce qu’elles disent de notre société.
Tout d’abord Benjamin Griveaux a renoncé à se présenter à la Mairie de Paris ; il l’a fait immédiatement, avec une rapidité pour le moins étonnante.  On peut penser que Griveaux savait qu’il n’avait aucune chance de remporter la Mairie de Paris, et dans ces conditions il était effectivement préférable pour lui de s’épargner une campagne qui aurait été très pénible. On a donc un candidat qui se désiste, en raison d’un comportement privé , dont certains pourraient juger qu’il est inapproprié, mais qui en aucun cas n’est illégal – en tout cas sur la base des informations disponibles  à ce jour.
On peut trouver cette évolution de notre vie politique très inquiétante et ce d’autant plus, que dans le même temps, des personnalités politiques mises en examen – c’est à dire pour lesquelles « il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu'elle ait pu participer, comme auteur ou complice, à la commission d'une infraction (article 80-1 du code de procédure pénale) », elles, restent en poste. On peut penser à Richard Ferrand ou encore à François Bayrou. Ainsi il vaut mieux être fortement soupçonné d’une infraction ou d’un délit que d’avoir des pratiques intimes « originales ». Etrange jugement sur les mœurs de notre classe politique, ou bien alors étrange appréciation de la classe politique sur ce qui est vraiment problématique dans ses comportements…
L’autre dimension de cette affaire est de raviver le débat entre ce qui relève du privé et du public. A une époque de surexposition médiatique  cela peut être un sujet complexe. En ce qui concerne les hommes politiques ils sont d’une certaine façon coupables de cette surexposition puisqu’ils  sont les premiers à mettre en scène leur vie privée.   Comme le dit l’historien Christian Delporte « Ce sont les hommes politiques qui ont ouvert la boîte de Pandore car, surtout à partir des années 80, ils se sont mis à systématiquement exploiter leur vie privée à des fins de communication ». C’est d’ailleurs cet argument qui est utilisé par Pavlenski pour justifier son action : Griveaux a mis en scène sa vie privée, or il cachait ce qu’elle était réellement. Evidemment au-delà  des hommes politiques le système médiatique dans sa globalité, en incluant les réseaux sociaux, alimente cette recherche de l’intime, mais la classe politique s’y prête avec complaisance et elle est celle qui produit la matière première de ce spectacle . Elle s’y prête car elle pense qu’en se dévoilant elle sera plus proche des « gens », et donc plus apte à les séduire. Ce calcul ne peut que se retourner contre elle, car entre l’image projetée – lisse, souriante, parfaite – et la réalité – heurtée, changeante, imparfaite – il y’aura toujours un décalage, comme pour tous les êtres humains ! Et ce décalage qui pouvait rester invisible, ne peut effectivement plus l’être à l’ère de la communication numérique et des smartphones. 
Résultat de recherche d'images pour "vie privée"
La question ici n’est donc pas celle de la vie privée mais d’une mise en scène, par définition artificielle, et potentiellement mensongère, de cette vie privée.
La vraie leçon qu’on pourrait donc tirer de l’affaire Griveaux, c’est que les hommes et les femmes politiques gagneraient à moins nous exposer leur vie privée (idyllique et rêvée) et à plus s’occuper des sujets pour lesquels ils ont un mandat. Dès lors leur vie privée, et cela ferait du bien à tout le monde, resterait privée.

mardi 31 décembre 2019

Un cadeau de Noël pour Denis Kessler





Un cadeau de Noël pour Denis Kessler

Résultat de recherche d'images pour "denis kessler"Denis Kessler est une figure méconnue du grand public, moins médiatique qu’un Alain Minc ou un Jacques Attali, mais il est un des personnages clés de la vie économique et sociale française depuis plus de 25 ans, de ceux qui murmurent à l’oreille des gouvernants, font et défont les carrières – il a été président du club Le Siècle -, le tout en défendant une vision néo-libérale très affirmée.

Kessler a notamment été vice président du MEDEF, et il est un pilier de l’industrie de l’assurance ; il a été directeur général d’AXA et dirige le groupe SCOR – groupe  de réassurance - depuis 2002. Ce qui est intéressant avec Kessler c’est qu’il n’avance pas masqué. Dans une fameuse interview au magazine Challenges en octobre 2007 il affirmait : « Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! ». Ce que Kessler a en tête c’est le démantèlement du modèle de protection sociale français (santé, retraite, chômage), couplé à une remise en cause frontale des services publics. Il affirme un credo néo-libéral décliné dans le contexte français, qui par ailleurs permettra de servir au mieux ses intérêts personnels et ceux de ses employeurs, car un tel programme de démantèlement créera un immense appel d’air pour des produits d’assurance.
Lorsque Kessler donne cette interview il pense sans doute que le contexte est très favorable : Nicolas Sarkozy vient d’être élu, il n’a pas de grandes convictions économiques mais un réel tropisme pro-business et une proximité avec quelques grandes fortunes, comme l’illustre la fameuse soirée du Fouquet’s. En outre son premier ministre François Fillon a lui une  vision économique proche de celle de Kessler. Ce dernier pense donc que le moment néo-libéral pour la France est enfin venu.
Mais finalement ça ne sera pas le moment tant attendu, car la crise de 2008 va complètement bouleverser l’agenda économique et social de Nicolas Sarkozy ; on pare alors au plus pressé et le grand soir libéral attendra. L’Histoire peut être parfois capricieuse.

Mais les caprices de l’Histoire peuvent avoir du bon car ce que Denis Kessler rêvait de voir s’accomplir Emmanuel Macron le réalise depuis 2017 à un rythme effréné : réforme du marché du travail simplifiant les licenciements, durcissement des règles d’assurance chômage, chantier des retraites…Dans tous les cas la même logique est à l’œuvre : affaiblissement des sécurités pour les salariés, remise en cause des mécanismes de solidarité, préparation du basculement de la protection sociale (solvable) vers le privé. L’objectif est simple, il s’agit à terme de pousser l’ensemble des français qui en ont les moyens vers le monde de l’assurance et de la banque pour souscrire des contrats les protégeant contre le chômage, les problèmes de santé ou une diminution tendancielle de leurs retraites. Pour les français les plus démunis on instaurera un filet de sécurité minimal relevant de la solidarité nationale. Une fois de plus on aura privatisé les profits et nationalisé les pertes.

Résultat de recherche d'images pour "blackrock"
La réforme des retraites, dont personne ne semble capable d’expliquer la nécessité – c’est normal elle n’est pas nécessaire, en tout cas pas dans ces termes – n’obéit en fait qu’à cet objectif : ouvrir une première brèche dans le système par répartition et initier le processus qui permettra de développer la retraite par capitalisation. La loi PACTE (loi du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation des entreprises dite Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises, ou loi PACTE) préparait d’ailleurs le terrain avec la création d’un plan d’épargne retraite (PER), nouveau produit d’épargne retraite commercialisable dès le 1er octobre 2019. Blackrock, le géant américain de la gestion d’actifs ne s’y trompait pas d’ailleurs en publiant un petit document intitulé « Loi PACTE : le bon plan retraite »…Un bon plan retraite pour Blackrock à n’en pas douter – on notera ici que le parcours du président de Blackrock France, Jean François Cirelli, ancien haut fonctionnaire, puis dirigeant d’entreprise publique, et enfin dirigeant d’un fonds américain, est typique de cette perméabilité de plus en plus problématique entre le monde politique et le monde des affaires.

Un des éléments de la réforme des retraites qui montre de façon éclatante la volonté de toucher en profondeur au modèle hérité du CNR est celui des cotisations pour les salaires de plus de 10 000 euros. A première vue on se dit qu’une mesure qui touche 1% des français, soit les mieux rémunérés, ne pose pas de problème, mais en fait elle est injuste, insidieuse et cynique. Jusqu’à présent une cotisation retraite de 28% était prélevée sur les salaires et ce jusqu’à 324 000 euros brut de salaire annuel, soit 27 000 euros brut par mois. Cette cotisation est payée à 60% par les entreprises (cotisations patronales), et à 40% par les salariés (cotisations salariales) et permet d’acquérir des droits pour sa retraite. Point important à garder en tête : ces cotisations contribuent aux rentrées du régime général, à hauteur de 4 milliards par an environ.
Dans le futur système, le gouvernement a décidé de baisser le plafond de la cotisation. La cotisation de 28% sera payée jusqu’à 10 000 euros de salaire, et après une cotisation de 2,8% uniquement – au lien des 28% - sera prélevée et elle ne donnera pas de droits pour la retraite.
Prenons un exemple concret : un salarié touche 15 000 euros par mois. Aujourd’hui il cotisait 28% de cotisation de retraite entre 10 000 et 15 000 euros, soit 1400 euros par mois, 840 payés par l’entreprise et 560 euros par lui.  Demain il cotisera uniquement 140 euros (84 cotisées par l’entreprise, 56 par le salarié). Cela fait une énorme différence qui se traduit par un gain de 756 euros pour l’entreprise!, et de 504 euros pour le salarié.
Pour l’entreprise c’est une économie nette, en fait un cadeau. Pour le salarié c’est tout sauf un cadeau : si son salaire net va augmenter puisqu’il cotise moins il va être imposé dessus – à ces niveaux de salaire on est imposé -, donc le gain réel sera inférieur à nos 504 euros. Mais surtout auparavant il bénéficiait de 1400 euros de cotisations pour sa retraite et là plus rien.  Il va être obligé de consacrer l’intégralité du gain en salaire, et même au delà, mais cette fois de sa poche puisque l’entreprise ne cotise plus pour lui, à une retraite complémentaire sous forme de capitalisation pour espérer avoir le même niveau de pension pour sa retraite.

En résumé :
-       - on va retirer du système 4 milliards de cotisations par an !
-       - les entreprises, en majorité les très grandes car seules elles offrent des salaires supérieurs à 10 000 euros/mois, vont récupérer 60% de ces 4 milliards !
-       - les salariés gagnant plus de 10 000 euros vont gagner en salaire net mais vont perdre des droits de façon massive pour leur retraite (pour une analyse détaillée de ce sujet on peut aller sur un document de l’Institut de la Protection Sociale à partir de la page 23). Ils seront obligés de se tourner vers la capitalisation et devront consacrer beaucoup plus que leur gain de salaire pour espérer un niveau de retraite équivalent à celui du système antérieur. Il seront très largement perdants.
Le « crime est parfait » ; on appauvrit le régime général sous couvert d’un discours qui cible les hauts revenus – qui sont largement perdants -, et on ouvre grandes les portes de la capitalisation en obligeant quasiment les français à hauts revenus à se tourner vers des contrats d’assurance retraite privés. CQFD.

Résultat de recherche d'images pour "manifs retraites"

Denis Kessler passera donc d’excellentes fêtes sous les auspices de cette réforme qui est un nouvelle étape dans le démantèlement du programme du CNR qu’il appelait des ses vœux. Prochaine étape si tout va bien, l’assurance santé. 

PS Une vidéo d'Osons Causer sur le sujet des cotisations et des hauts salaires ICI 

Les démocraties malades de la peste.

L a pandémie de Covid-19 agit comme un puissant révélateur, elle met au   jour les maux de nos sociétés avec une acuit...