Collapsologie

Or en ce début d’année 2019 l’atmosphère générale et
quelques signaux très concrets sur la dégradation très rapide (irréversible?)
de notre environnement remettent le sujet au goût du jour. Le vocable en vogue désormais est celui de
« collapsologie ». Sa
définition est la suivante : La collapsologie est «
l’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation
industrielle et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux
modes cognitifs que sont la raison et l’intuition et sur des travaux
scientifiques reconnus ». Elle est l’œuvre de Pablo Servigne et de Raphael Stevens,
deux auteurs qui se présentent comme des chercheurs indépendants. Notre objet n‘est pas ici de discuter
de leur thèse en détail ni d’examiner la part d’opportunisme qu’elle peut avoir (écrire en 2015 « Comment tout peut
s’effondrer : Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations
présentes », pour livrer en 2018 « Une autre fin du
monde est possible »), mais
de saluer l’avènement d’un mot promis à un beau succès en 2019 et au-delà. Pour
le dire autrement, sous nos latitudes l’idéologie du progrès ayant pris un
sacré coup dans l’aile, la futurologie est devenue l’intuition et/ou la
prescience d’un avenir sombre. La collapsologie c’est la futurologie du
désastre – désormais inéluctable.
Ici on livrera
quelques réflexions, dans différents domaines, sur ce désastre annoncé.
DU DEREGLEMENT
DU DEREGLEMENT
Rappelons tout
d’abord que les USA, c’est-à-dire le pays qui reste le plus puissant de la
planète au moins pour quelques années, ont à leur tête un Président totalement
imprévisible. La seule certitude sur Donald Trump est bien celle-là :
personne ne sait ce qu’il peut faire, ce qu’il veut faire, ou ce qu’il fera.
Cela crée un aléa majeur sur de nombreux sujets, économiques, stratégiques,
militaires, alimentant une impression de chaos.
Il suffit d’aller sur son compte Twitter et de lire les
messages, jusqu’à 20 par jour, pour se sentir pris dans un maelstrom éreintant.
Eructations, contradictions, incohérences dominent.
Quand vous ne savez
pas comment un acteur fondamental de votre environnement va se comporter, s’il
va changer d’avis d’une heure à l’autre, s’il va respecter ses engagements,
alors vous-même vous vous retrouvez coincé, sans possibilité d’anticiper, de
prévoir et donc d’agir. Et naturellement vous pressentez ou imaginez le pire.
Beaucoup plus près
de nous c’est la crise des Gilets Jaunes qui peut nous rendre pessimistes. En
effet elle traduit le malaise profond d’une grande partie de la société
française, et l’impasse dans laquelle nous a mené le captalisme, lorsqu’il s’agit de justice sociale, de partage des richesses et des
mécanismes de prise de décisions collectives. Or, aucune réponse sérieuse n’a
été apportée à ces différentes questions, et j’évoquais précédemment la côté « poudre aux yeux » des
mesures annoncées par le gouvernement. Dès lors on voit se développer un
mouvement qui ne trouve pas de réels débouchés avec une réponse
institutionnelle de plus en plus marquée par le choix du maintien de l’ordre, tant au niveau des choix politiques qui sont
faits – il faut que l’ordre établi perdure -
que dans la stratégie de gestion des manifestations – approche
répressive et sécuritaire. A court terme cela ne peut mener qu’à des
affrontements de plus en plus violents et une fracture accrue de la société
française.
Enfin la fin du
monde c’est bien sûr et surtout la conséquence du dérèglement climatique.
L’année 2018 aura vu s’accumuler les rapports alarmistes comme celui du GIEC – sachant que l’objectif de limitation de l’augmentation de
température de la planète de 1.5° semble désormais relever du rêve - , les
éléments factuels (l’année 2018 devrait être la 4ème la plus chaude depuis la fin du XIXème
sicècle, les émissions de CO2 sont reparties à la hausse !), et les informations nous plaçant
dans un grand embarras sur la conduite à tenir. A ce titre le débat qui a
émergé à la fin de l’année sur l’impact écologique des voitures électriques est
très intéressant. Le passage au véhicule électrique est présenté comme un des
grands axes de mutation de nos sociétés pour répondre au défi du réchauffement.
D’ailleurs les pouvoirs publics ont créé des incitations fortes à l’équipement
électrique. Or il y a désormais un consensus pour considérer que dans l’état
actuel des technologies le coût de fabrication des véhicules électriques a un
impact environnemental supérieur à celui des véhicules thermiques notamment en raison de la fabrication
des batteries. L’électrique ne devient intéressant qu’au bout de plusieurs
années, en faisant l’hypothèse d’un kilométrage important (voir rapport de l’ADEME).

Ainsi une
conversion massive du parc automobile mondial vers l’électrique entraînerait
une augmentation marginale significative des émissions de CO2, qui serait peut
être compensée au bout de plusieurs années. Pour soigner, peut être,
le mal on serait forcé de l’aggraver dans un premier temps. Et pour de nombreux
sujets nous nous retrouvons empêtrés dans les mêmes contradictions :
arrêter le nucléaire mais devoir relancer des centrales à charbon en attendant,
développer le numérique dans de nombreux domaines et devoir gérer la consommation
exponentielle d’électricité des data centers…
Dès lors le citoyen
est perdu, désemparé, et se rend bien compte que notre mode de vie actuel ne
nous permettra pas d’éviter la catastrophe. Ce n’est pas seulement en
consommant mieux, différemment, en triant nos déchets, en mangeant local, en
roulant électrique, en recyclant… que l’on pourra répondre au défi qui se
présente à nous. Il faudra faire MOINS.
FAIRE MOINS
FAIRE MOINS
Il nous faudra
moins voyager, moins manger, moins utiliser d’électricité. Il nous faudra
renoncer à des tas d’activités qui nous paraissent naturelles, auxquelles on ne
pense même plus, si on veut réellement diminuer l’ampleur du cataclysme annoncé. Il nous faudra y renoncer et espérer que le
reste des habitants de la planète fera de même, ce qui est encore plus
hypothétique. Il faudra aussi poser la question démographique car elle ne peut
être occultée dans ce contexte (à ce titre l’évolution de la Chine sur le sujet de la natalité n’est pas une nouvelle très « rassurante »..).
C’est le paradigme
même de « croissance » qui doit être repensé et c’est sans doute le
grand chantier auquel nous devons nous astreindre. En attendant en bon « collapsologues »
il faut nous préparer à la catastrophe, et la lecture du remarquable livre
« Pour un Catastrophisme Eclairé » de Jean Pierre Dupuy, paru dès 2005, sera
bien utile.
PS je conseille au
lecteur de répondre au questionnaire disponible à cette adresse : https://www.footprintcalculator.org/ il devrait se rendre compte de l’ampleur du
problème écologique.
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