dimanche 12 juin 2016

La loi travail met fin aux JO


Une des conséquences les plus inattendues de la loi Khomri est l’affaiblissement, sans doute              rédhibitoire, de la candidature de Paris pour l’attribution des JO 2024. Le spectacle donné en effet par notre pays est assez terrible quand on souhaite organiser à nouveau un grand événement international. On pourra citer en vrac, grèves dans les transports, blocage des raffineries, manifestations, parfois violentes, et pour couronner le tout des rues parisiennes jonchées d’ordures depuis quelques jours.  En outre tout cela intervient au moment où la menace terroriste est très élevée, mobilisant les forces de l’ordre sur des opérations dont elles se seraient bien passées. Triste spectacle, triste printemps.
La loi El Khomri, que ce soit de bonne ou de mauvaise foi – certains mouvements sociaux en cours n’ont en effet pas grand-chose à voir avec cette loi – est la matrice de cette situation. C’est le résultat malheureux de l‘inconséquence gouvernementale et de l’archaïsme syndical et patronal.


Un gouvernement inconséquent

Dialogue social. Voilà un mantra sans cesse répété par ce gouvernement, or, si un loi semble avoir été élaborée sans concertation c’est bien la loi El Khomri. Dès le départ les déclarations de la Ministre évoquant l’utilisation 49-3 ont lancé le débat sur des bases totalement faussées, le gouvernement donnant le signal d’une forme d’inflexibilité. L’utilisation effective du 49-3, dans une forme de prophétie auto réalisatrice venait d’ailleurs confirmer cet étrange postulat initial.
Le gouvernement, tout à sa volonté de se montrer « réformateur », surtout en année pré-électorale, a oublié que les lois sociales ne peuvent être acceptées sans explication, pédagogie et vision. Il a oublié que la psychologie, sur ces thèmes, est au moins aussi importante que les arguments rationnels.
La loi travail, quoiqu’on pense – et j’ai dit sur le blog le mal que je pensais de certaines mesures dans leur première version – modifie potentiellement de façon significative la rapport au travail. Or dans une société française hantée par la peur du déclassement et le cauchemar du chômage,  tout ce qui contribue à une forme de flexibilité est vécu comme une menace. Menace pour soi ou ses proches.  Si certains peuvent penser qu’au niveau macroéconomique la loi permettra s’améliorer la situation de l’emploi, ils oublient que le ressenti premier est lié pour chaque salarié à son propre vécu, et en l’occurrence au pressentiment d’un risque accru de précarité. La loi est donc majoritairement rejetée par les français, et son application n’en sera que plus difficile.
Ainsi sur un tel sujet il aurait fallu une longue concertation, une préparation du corps social et un consensus entre les différents acteurs de la vie économique. En faisant fi d’un réel débat, de surcroît dans une période précédant un événement majeur, le gouvernement a pris un risque important, il a même été d’un amateurisme coupable. Le résultat, lui, n’est pas inattendu : le pays est plongé dans un désordre de basse intensité depuis de nombreuses semaines, et le gouvernement en sortira affaibli.

Syndicats et patronats, archaïsme(s) même combat.

Si nous avons les représentants syndicaux et patronaux que nous méritons, alors nous ne sommes pas très méritants. D’un côté, un MEDEF qui semble se caricaturer en permanence, entraîné par son président dans une forme de provocation stérile, et dont la seule ambition semble être de dégrader les conditions de travail des salariés. A tel point qu’on assiste à l’étrange spectacle de Laurence Parisot, l’ex présidente du MEDEF, qui critique son sérieusement les postures actuels du patronat.
De l’autre, des syndicats qui semblent obnubilés par leur hiérarchie dans le paysage social et la défense des situations acquises, notamment pour ceux qui sont déjà les plus protégés. A ce titre le CGT et SUD rivalisent d’imagination ; en passagers clandestins de la contestation à la loi El Khomri ils ont par exemple durci le mouvement à la SNCF, ou lancé la grève des éboueurs, qui pour l’essentiel ne sont pas concernés par cette loi. Certains ont même évoqué le concept assez spécieux de « grève préventive » !
On peut aussi évoquer le mouvement des pilotes à Air France dont plus personne ne comprend les revendications, à part la défense systématique du statu quo.
Dans tous ces exemples, les syndicats semblent incapables de toute proposition, de toute évolution, qui permettrait d’adapter les conditions de travail aux évolutions technologiques et économiques,  Ainsi quand les trains seront pilotés par des robots on peut être sûr que la CGT et SUD continueront de demander que les mêmes règles de récupération s’appliquent aux conducteurs…
Nous sommes donc dans un paysage social désolé avec des syndicats très peu représentatifs, et qui sont donc dans la surenchère permanente,  qui ont une image dégradée, et qui sont incapables d’imaginer des pistes pour une amélioration de la vie au travail des salriés qu’ils sont censés représenter.

SI la formule de « dialogue social »  doit avoir un sens, c’est bien à une refondation complète de ses  modalités qu’il faut appeler. Refondation qui passerait par des processus d’élaboration des lois obligeant à la concertation des acteurs sociaux, et qui ferait de leur représentativité réelle une condition fondamentale de leur légitimité.  En attendant nous regarderons sans doute les JO 2024 devant notre TV.

Chem Assayag

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