lundi 30 novembre 2015

Europe : il n’y a plus d’abonné au numéro que …



Ce billet fera partie d’une série sur l’Union Européenne.

Depuis les attentats du 13 novembre on a beaucoup parlé de la question du sens, notamment en se référant au manque de perspective d’une jeunesse perdue, celle qui répand la terreur. La question du projet social, d’une vision partagée pas tous dans nos sociétés, d’une forme de transcendance collective, est bien au cœur des problèmes de notre temps.

La paix comme projet

L’Europe a (pu) longtemps constitué cet horizon dans lequel nous pouvions nous projeter pour bâtir une société plus harmonieuse. L’Europe était à la fois l’instrument et l’objectif d’une ambition collective. Cela n’est malheureusement plus le cas.
Ici il faut s’arrêter sur un phénomène générationnel très important. L’Europe en tant que projet, a été bâtie après la seconde guerre mondiale, avec l’idée force de rendre les guerres impossibles sur le territoire européen, singulièrement entre la France et l’Allemagne. L’Europe – au sens de l’Union Européenne, démarrée en 1957 comme Communauté Economique Européenne, poursuivie par la Communauté Européenne en 1992 et enfin transformée en l’Union en 2007 - comme garantie de paix était un idéal suffisamment  fort pour justifier l’existence de cette construction juridique, institutionnel et économique assez unique dans l’histoire des nations (pendant la guerre froide et jusqu’à la chute du mur Berlin, l’Europe a pu aussi être perçue comme un rempart contre le bloc communiste, évidemment ce qui n’est plus le cas. Elle pouvait aussi remplir cette fonction de protection contre un ennemi tout proche).
Ce moteur a été puissant pendant de nombreuses décennies, et pouvait suffire à masquer les insuffisances ou les erreurs de l’Europe : or cela ne marche plus.
Une des raisons majeures de ce changement est simple : les personnes nées après les années 70 – en France en 2013, 75% de la population a moins de 60 ans,  ce qui veut dire qu’elle est née après 1953, et 24,5% de la population a moins de 20 ans, soit née après 1993, les chiffres en Europe sont comparables - et qui constituent désormais la majorité de la population européenne n’ont plus de mémoire vivante de la guerre.
Ils ne l’ont évidemment pas vécu eux mêmes, et leurs parents nés le plus souvent  après la guerre, ne l’ont pas vécu directement non plus. La guerre devient alors un récit dans les livres d’histoire, où une parole d’anciens, mais qui a vocation à s’éteindre.
Lorsqu’on a toujours vécu en paix – les guerres dans l’ex Yougoslavie dans les années 90, ou plus récemment en Ukraine, même si elles étaient ou sont très proches géographiquement ne sont pas perçues me semble-t-il comme des guerres qui nous concernent - et que le souvenir de la guerre s’estompe voire s’éteint, un projet européen garantie de paix, même déficient dans d’autres domaines, mais qui apporterait au moins cela ne peut plus suffire. Cela constitue un changement fondamental dans la perception de l’Europe, dont les élites au pouvoir – par définition plus âgées – n’ont pas pris conscience. L’image d’un Kohl et d’un Mitterrand se tenant la main en 1984 à Verdun ne plus à elle seule de convaincre du bien fondé de l’Europe.

Et maintenant quel idéal ?

Dès lors il faut trouver autre chose, des raisons tangibles, concrètes, pour que les sociétés européennes et singulièrement les plus jeunes en leur sein puissent continuer à penser que l’Europe est un horizon de progrès. Or la réponse ne peut être la constitution d’une zone de libre échange étendue à l’ensemble du continent, ou d’une espace économique contraint par des disciplines budgétaires, ce que manifestement l’Europe est en train de devenir. La paix peut faire rêver, on peut même paradoxalement se battre pour elle, le traité de Lisbonne ou la BCE, ne font rêver personne, et ne déclencheront aucune ferveur ou dévouement.
Je ne dis évidemment pas, dans un raccourci que certains pourraient me prêter, que les terroristes du 13 novembre auraient agi autrement si l’Europe était un vrai projet, je dis en revanche que l’Europe qui pouvait être un vrai projet pour les européens ne l’est plus.
Je dis aussi de façon très pragmatique et immédiate qu’une meilleure coordination policière et judiciaire, qu’une vraie diplomatie européenne notamment dans la définition de nos relations vis à vis de certains pays, qu’une réelle solidarité entre les pays membres de l’Union, pourrait rendre notre lutte contre le terrorisme plus efficace.

Je reviendrai dans les prochains billets sur ce qui me semble indispensable pour l’Europe puisse redevenir un possibilité de projet.

2 commentaires :

  1. Je viens de finir de lire "une question de taille" de Olivier Rey et j'avoue que ce livre m'a posé question quant à la pertinence de construire des grosses organisations intégrées comme l'UE.
    Le livre aborde une question originale et sous un angle intéressant : quelle est la "bonne taille" pour une démocratie ?

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  2. Je viens de finir de lire "une question de taille" de Olivier Rey et j'avoue que ce livre m'a posé question quant à la pertinence de construire des grosses organisations intégrées comme l'UE.
    Le livre aborde une question originale et sous un angle intéressant : quelle est la "bonne taille" pour une démocratie ?

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