dimanche 15 novembre 2015

Le jour d'après


Évidemment j’aurais préféré ne jamais écrire ce billet. Mais avant toutes choses un pensée pour les victimes, leurs familles et leurs proches. Et aussi mon admiration et mon respect aux forces de police et à tous les soignants.
Ce blog se veut un espace de réflexion et je pense qu’une des meilleures façons de combattre le terrorisme, la barbarie, l’horreur, c’est justement l’analyse pour comprendre et agir.
Je livrerai ici quelques éléments et je renverrai à ce que j’écrivais il y a quelques mois après les attentats de janvier et dont l’actualité reste, tragiquement, vive.

a)    Le risque zéro n’existe pas.
Quels que soient les moyens, surveiller plusieurs centaines, voir milliers, d’apprentis djihadistes radicalisés est tout simplement impossible. Daesh – et ses alliés – dispose d’un réservoir important de candidats à la folie et des moyens matériels et financiers d’organiser, planifier et commettre des attentats. Bien sûr on peut améliorer l’efficacité des services de renseignement et de surveillance, on peut renforcer les mesures de sécurité et les contrôles, et il faut le faire. Mais encore une fois le risque zéro n’existe pas. Ceux qui, de façon indigne, utilisent ces évènements à des fins politiciennes sur l’air de « on n’a pas fait assez », « on aurait fait mieux », sont des démagogues et des menteurs (on remarquera par ailleurs que les mêmes nous expliquent qu’il faut que l’on paye moins d’impôts ou que l’Etat est obèse. On fait comment pour financer plus de policiers, gendarmes, de magistrats ?).

b)    Ici et maintenant, loin et demain
L’éradication du risque terroriste ou en tout cas sa diminution drastique dépend à la fois d’actions concrètes sur notre territoire (depuis l’éducation en amont jusqu’à la répression en aval), d’une réelle coordination diplomatique internationale, et enfin d’une politique étrangère cohérente, y compris dans sa dimension militaire. A ce titre la politique occidentale depuis le 11 septembre 2001 est un fiasco absolu.

c)    Jeu d’échecs
Les terroristes agissent avec un coup d’avance. Tout d’abord ils ont la maîtrise du calendrier de leurs attaques et peuvent donc anticiper sur les conséquences. Ensuite ils ont une vision de long terme.
Les stratèges de Daesh – car malheureusement ils ont des stratèges qui eux tirent les ficelles bien loin de la France – veulent étendre le califat au delà du Moyen Orient. Et dans leur vision du monde fanatique et totalitaire, pour réussir cela il faut d’une part installer la terreur dans les populations visées et les « antagoniser »,  notamment en créant une fracture entre les populations musulmanes et les autres habitants. Leur rêve – et notre cauchemar – est sans doute de provoquer des tensions telles que nos sociétés évoluent vers des situations de guerre civile.
Il faut comprendre cela et mettre en place les bonnes stratégies de riposte. Nos hommes politiques qui semblent ne raisonner que dans l’instant, avec pour certains comme seul horizon les prochaines élections, ne sont pas hélas rassurants sur ces sujets.

Je conclurai en reproduisant un texte que j’avais écrit lors des attentats de Charlie et de l’Hypercasher et en renvoyant vers une analyse plus détaillée des pistes que je propose qui s’intitule « Après Charlie: repenser le lien entre religion et notre politique. » 

  http://blogs.mediapart.fr/blog/chem-assayag/200115/apres-charlie-repenser-le-lien-entre-religion-et-notre-politique



Lettres de guerre

le m n’a plus toutes ses jambes et erre sur la page

tandis que le t mutilé n’est plus le même

le q pleure sur le cadavre couché, horizontal, du s

et le g et le f encore terrées dans leurs tranchées n’osent sortir leurs têtes

un vent mauvais a décapité le b, cisaillé le i, guillotiné le h

un n unijambiste se traîne entre les lignes

et un o instable roule telle une bille folle

rien n’a survécu sauf un v lâche et un x inconnu

seul le l droit et fier défend l’honneur de l’alphabet

secrètement il espère la p

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